Campagnes de sondages au camp d’Antoune, Salettes

marie-caroline kurzajPar Marie-Caroline Kurzaj

 

 

 

fig._1 localisation du camp d'AntouneLe site de hauteur du camp d’Antoune se développe sur une éminence basaltique de dix hectares prenant place à l’extrémité sud du plateau d’Alleyrac, dominant le cours de la Loire (Fig. 1 , Fig.2 , Fig.3 ). Dans la documentation, les appellations concernant ce site sont multiples : La  plaine d’Antoine, pour les cadastres, le camp d’Antone pour les cartes IGN, le camp d’Antoune selon l’appellation locale ou encore le camp des Chabourous.

fig._2 localisation du camp d'antouneLe camp d’Antoune est un des rares sites de Haute-Loire à avoir conservé en élévation des structures de son système défensif en pierres sèches. Malgré cet état de conservation de qualité, l’attribution chronologique de ce site était jusqu’alors très floue. D’après les anciennes découvertes dont nous avons très peu de traces, on pouvait tout de même rapprocher son occupation à l’âge du Fer. La confirmation de ces hypothèses ne pouvait passer que par la réalisation d’opérations scientifiques.

fig._3 localisation du camp d'antouneDepuis 2007, nous avons décidé de nous intéresser plus en détail à ce site dans le cadre de la prospection thématique concernant les sites de hauteur protohistoriques de Haute-Loire (Kurzaj 2006, 2007, 2008), ainsi que pour une thèse de doctorat portant sur le sud-est du Massif Central aux IIe et Ier siècles av. J.-C.

L’histoire de la recherche

Les premières investigations concernant ce site ne semblent voir le jour qu’au début du XXe siècle. En 1911, A. Boudon-Lashermes réalise sa première visite sur le site accompagné de Monsieur Fournier avec lequel il aurait ramassé des fragments de poteries et de fer. Ce sont les premières interventions connues dans la documentation. Selon les écrits d’A. Boudon-Lashermes, la première fouille « en règle » aurait été menée par Louis Durand dans les années 1930. Mais c’est vraiment A. Boudon-Lashermes (1882-1967) qui va passer le plus de temps sur ce site. Selon des manuscrits, il aurait réalisé chaque été, pesndant plusieurs années, des sondages à l’entrée nord du site. Il mentionne différents objets découverts lors de ces fouilles comme une sculpture d’oiseau ou encore des céramiques « grecques, préhistoriques et romaines ». Malheureusement ce mobilier semble aujourd’hui totalement dispersé et les résultats de ces fouilles n’ont fait l’objet d’aucun rapport scientifique. Nous ne pouvons donc pas aller plus loin dans l’interprétation des informations recueillies par l’inventeur.

Après cette période de recherches intenses, aucune autre investigation de terrain officielle n’a été effectuée. Toutefois, plusieurs ramassages de surfaces ont été réalisés par R. Gounot alors Conservateur du Musée Crozatier. Parallèlement, des recherches documentaires ont aussi été réalisées par des érudits, notamment concernant la toponymie (La Conterie 1976).

fig._4 une partie de lequipe de fouille - antouneCes différentes interventions de terrain et recherches documentaires n’ont toutefois pas permis de connaître de manière précise la nature et la chronologie de l’occupation de ce site. Depuis 2007, nous avons de nouveau ouvert le dossier. La première étape a consisté à replacer géographiquement les fortifications à l’aide d’un GPS (Kurzaj 2007 et 2008). Afin d’obtenir des informations d’ordre scientifique concernant l’occupation de ce site, nous avons choisi cette année d’aller plus loin dans les investigations en réalisant une série de huit sondages. Cette opération s’est déroulée au mois de juin 2008 grâce à une équipe de bénévoles que nous tenons à remercier pour leur efficacité et l’ambiance de travail qu’ils ont su créer (Fig. 4)

Les vestiges en élévation

Remport côté Nord - Camp d'Antoune

Fig.5

Le site est actuellement totalement boisé. On y accède côté nord, par un sentier débutant sur le premier rempart et empruntant le fossé puis les pentes de la deuxième fortification (Fig.5  et Fig.6 ). Ce dernier rempart en pierres sèches est monumental puisqu’il présente encore aujourd’hui une élévation de 12 mètres environ. Cette enceinte est discontinue et n’est pas présente sur l’ensemble du pourtour du site.

Là où les falaises suffisent à matérialiser une défense naturelle, aucun vestige de fortification n’est visible à l’heure actuelle (Fig. 7). Le rempart se développe de nouveau lorsque les pentes ne sont pas suffisamment abruptes pour servir de système défensif. Le relevé au GPS réalisé en 2007 a permis de cerner plus précisément l’organisation de ce rempart.

fig._6 profil du systeme defensif

Fig. 6

 

fig._7 localisation des operations - antouneAprès l’ascension du rempart, on aboutit à une entrée où deux pans de la fortification s’arrêtent brusquement. Puis, le sentier permet de faire le tour du plateau en longeant le rempart et les falaises abruptes qui dominent la Loire (Fig. 8). A l’intérieur du site, aucune observation des vestiges ne peut être réalisée en raison du couvert forestier. En effet, le site a été envahi par des pins, des genêts et des ronces. Les sentiers aménagés à l’intérieur du site il y a une quinzaine d’année, ont aujourd’hui disparu sous la végétation.

Pourtant cette situation est relativement récente puisque il y a cinquante ans, le site n’était pas boisé, seul une végétation de lande prenait place sur ce site ou les bergers gardaient régulièrement leurs troupeaux.

Les sondages de juin 2008

Les opérations se sont déroulées en deux phases. Tout d’abord, une série de six sondages a été réalisée dans la zone sud-est du site (Fig. 7). Il s’agit d’un secteur qui présente un dénivelé important entre le sommet du plateau et la fortification. L’ouverture de différentes fenêtres d’étude sur les paliers de ce dénivelé a permis d’obtenir une vision d’ensemble de l’état de conservation des vestiges.

fig._12 mobilier ceramique decouvert

Aucune structure archéologique n’a pu être mise au jour dans ce secteur. Toutefois chaque sondage a fourni une stratigraphie intéressante présentant dans chacun d’eux un niveau comprenant des fragments de céramique attribuables au Ier siècle av. J.-C (Fig. 12). En parallèle à cela, nous avons pu observer des indices d’exploitation de la parcelle lors de la période moderne. Il s’agit de murs de parcellaire en pierres sèches. Même si nous n’avons pas mis au jour de structures de la Tène finale, le mobilier se rapportant à cette période est bien représenté, ce qui permet de confirmer l’existence d’une occupation sur le plateau.

Plan nord AntouneAfin de compléter l’évaluation du site, nous avons effectué des observations dans le secteur nord, à proximité du rempart monumental (Fig. 9). Deux sondages ont été réalisés à 30 m en retrait de celui-ci. Malheureusement, ces fenêtres n’ont pas livré beaucoup d’éléments archéologiques car le terrain naturel a été atteint rapidement.Pour clore cette campagne, nous avons choisi d’observer plus en détails un sondage réalisé dans les années 1950 par A. Boudon-Lashermes (sondage 8, Fig. 9). Celui-ci a été implanté à l’interruption des deux pans du rempart à l’entrée. La rectification des parois nord et ouest de ce sondage a permis la mise au jour de vestiges structurés.

En effet, dès les premiers décapages une concentration de blocs basaltiques a été observée dans l’angle nord ouest de ce sondage.

fig._10 sondage 8 - angle du rempart - antoune    fig._11 sondage8 - le rempart et l'angle

Le dégagement de ces blocs, a permis la mise au jour de deux parements d’orgues basaltiques se développant sur plusieurs assises (Fig. 10 ). Cette structure correspond à l’angle du rempart qui devait accueillir à son extrémité un poteau de bois massif (Fig. 11 ). La découverte de cet aménagement permet de confirmer l’existence d’une entrée monumentale du site. La datation de cette structure a pu être qu’entrevue grâce à des fragments de céramique découverts à la base de cet aménagement. Il s’agit de tessons appartenant à une imitation de céramique à vernis noir datant de la première moitié du Ier siècle av. J.-C (Fig. 13)

fig._13 mobilier céramique decouvertLes différentes opérations menées en 2008 au camp d’Antoune ont permis d’obtenir des informations fiables et scientifiques concernant la conservation des vestiges et la chronologie de l’occupation du site. Il serait à présent nécessaire d’observer plus en détails le secteur de la porte afin d’évaluer l’existence de niveaux d’occupation conservés. Face à ces résultats, il est certain que le camp d’Antoune revêt un rôle primordial dans la compréhension de l’organisation territoriale des vellaves à la fin de l’âge du Fer. Sa position géographique, à proximité de la province de Transalpine donne à ce site toute son importance dans l’observation des dynamiques commerciales entre le monde méditerranéen et la Gaule interne.

Bibliographie

KURZAJ M.-C. (2006) – Etat de l’inventaire pour le département de la Haute-Loire, in P.Pion dir., Sites fortifiés et occupations de hauteur en Auvergne de l’âge du Bronze final à la fin des âges du Fer, rapport d’activité 2006, p.68-72.

KURZAJ M.-C. (2007) – Nouvelles données concernant cinq sites de hauteur vellaves, rapport de prospection thématique 2007, Service régional de l’archéologie Auvergne, 70p.

KURZAJ M.-C. (2008) – Les sites de hauteur vellaves, Bulletin du groupe de recherches archéologiques vellaves, n° 1, non paginé.

LA CONTERIE F. de (1976) – Antonne en Velay, Cahiers de la Haute-Loire, 1976, p. 135-148.

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À propos de Marie-Caroline Kurzaj

Docteur en archéologie et spécialiste de l'âge du Fer en Velay. Thèse intitulée « Peuplements et échanges entre Gaule interne et Gaule méditerranéenne dans le sud-est du Massif central à la fin du Second âge du Fer (160-25 av. J.-C) », Intérêt plus particulier pour le IIème et Ier siècles av. J.-C. dans le Velay. Le but de ce travail étant de mettre en valeur la culture matérielle des vellaves et leurs places au sein des échanges commerciaux entre le monde méditerranéen et la Gaule interne.
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4 réponses à Campagnes de sondages au camp d’Antoune, Salettes

  1. Baurès Pascale dit :

    Salut Marie,
    Un petit mot pour te féliciter pour ton article, je compte bien y faire un tour en rando avec la bougeotte, et ..
    Hier à la rando un marcheur me parle du camp d’antoune vers pradelles,
    je recherche sur internet et sur qui je tombe ? trop fort !
    bises à tous les 2 et à bientôt de se revoir.
    Pascale

  2. Corentin THOMAS dit :

    Il y a plus de 60 ans (j’en ai 74), à partir de Goudet, et durant plusieurs années, j’ai effectué des balades au camp d’Antoun, intrigué par le seul nom (ma formation de latiniste). À l’époque, à mes yeux, ce n’était qu’une étendue plate, faite essentiellement de caillasse basaltique, quasiment désertique. Mais le fait qu’elle dominait les environs avec un abrupt très net alimentait mon imagination (siège, combats…). Alors merci: le gamin que j’étais n’était pas pas si rêveur que cela.

  3. Boudoyen dit :

    Bonjour,

    Bravo pour ces études détaillées qui permettent d’en savoir plus sur le camp d’Antoune. En effet, en tant que Vellave, j’ai depuis tout petit entendu parler de ce site, qui me paraissait très mystérieux. Maintenant que je m’intéresse en amateur à l’histoire géologique et naturelle du Velay, le camp d’Antoune a attiré mon attention.
    Le camp d’Antoune est, je le constate, un site archéologique important.
    Quelles sont les campagnes de fouilles actuellement menées ou en projet?

    Cordialement,

    • Ludovic Antoine dit :

      Bonjour.
      Aucun projet n’est prévu sur le camp pour le moment.
      Mais si quelque chose se fait, nous vous donnerons de plus amples informations via notre site !

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