Nouvelles données paléoenvironnementales et archéologiques sur le plateau du Béage

Nouvelles données paléoenvironnementales et archéologiques sur le plateau du Béage : La tourbière de La Narce et ses environs, premiers résultats


Cet article constitue un court résumé destiné au Groupe de Recherche Archéologique Vellave (GRAV) concernant les recherches menées dans le massif du Mézenc. Un article plus détaillé, publié dans la revue Ardèche Archéologie en 2014, est accessible en ligne en cliquant sur le lien suivant :

Dendievel et al. 2014, AA n°31


Le plateau du Béage, situé dans la province volcanique du Velay oriental, au cœur du massif du Mézenc (bordure est du Massif Central), fait l’objet depuis plusieurs années de recherches scientifiques pluri-disciplinaires. Elles ont pour objectif de mettre en évidence les interactions entre les sociétés humaines anciennes et leur environnement ainsi que de reconstituer l’évolution des environnements passés (paléoenvironnements). Menées dans le cadre d’une thèse de doctorat (Dendievel A.-M., en cours), ces recherches combinent à la fois une étude archéologique du plateau du Béage et des analyses paléoenvironnementales réalisées dans les zones humides et les tourbières.

En effet, ces milieux saturés en eau sont capables de conserver la matière organique et de la stocker sous forme de tourbe tout au long des millénaires. Ils enregistrent les informations de l’environnement local et régional tels que les grains de pollen, les restes végétaux, les frustules de diatomées et emprisonnent également certains éléments minéraux ainsi que les pollutions atmosphériques (dépôts de cendres par exemple). Les tourbières sont particulièrement présentes dans le massif du Mézenc et forment de véritables « archives naturelles » que l’on peut extraire par carottage et étudier au même titre que les archives historiques ou les données archéologiques.

Carotte de tourbe brute extraite dans le massif du Mezenc

 

Exemple de carotte de tourbe brute extraite dans le massif du Mézenc (Dendievel & Bastone, 2014)
 

Des analyses des restes d’insectes et de végétaux contenus dans la tourbe (macro-restes) ainsi que des études sédimentologiques (granulométrie, teneur en matière organique, susceptibilité magnétique) ont été réalisées dans la tourbière de La Narce du Béage, située à 1 220 mètres d’altitude. La qualité de préservation des macro-restes végétaux, l’étude détaillée de la stratigraphie et la réalisation de plusieurs datations par le carbone 14 ont conduit à une première reconstitution des environnements du passé. Les résultats obtenus à ce jour indiquent la présence d’un lac à la fin de la dernière période glaciaire (durant le Tardiglaciaire). Ce lac s’est ensuite comblé progressivement puis a évolué en une tourbière il y a 10 800 ans environ. L’environnement de la tourbière devient alors successivement un bois de Bouleau (Betula sp.) puis une tourbière à mousses brunes et Sphaignes (Sphagnum sp.). Plus récemment, des Ericacées, famille dont font parties les Bruyères par exemple, s’installent et illustrent sans doute des conditions plus sèches.

La tourbière de La Narce - Mezenc

La tourbière étudiée dans cet article (vue du sud-est, Dendievel, 2014)

Les premiers impacts environnementaux liés à l’Homme semblent apparaître dès le Néolithique ancien, il y a 5 300 ans. Ils prennent la forme d’un assèchement relatif de la zone humide, d’une augmentation locale de l’érosion et d’incendies. Ces traces relativement tenues pourraient également correspondre à des événements climatiques. Les éléments archéologiques découverts dans le secteur étudié semblent néanmoins compatibles avec la présence de l’Homme à cette époque. Un niveau de tourbe perturbé nous empêche ensuite de comprendre l’évolution de l’environnement durant les périodes plus récentes. Toutefois, un important niveau d’incendie (lié aux activités agro-pastorales ?) semble remonter à la fin de l’Antiquité et au début du premier Moyen Age.

Les analyses vont se prolonger dans les années à venir et devraient nous apporter de nouveaux éléments de réponse. D’autres tourbières seront également concernées par l’étude pour tenter de compléter l’histoire de l’Homme et de l’environnement sur les hauts plateaux du massif du Mézenc.

 Dendievel André-Marie,

Doctorant à l’Université de Lyon-St-Etienne.

 

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À propos de André-Marie Dendievel

Doctorant en géoarchéologie, spécialité paléo-environnements et macro-restes végétaux, sous la direction d'H. Cubizolle (univ. de Lyon-St-Etienne, France) et de J.N. Haas (Univ. Innsbruck, Autriche). Responsable des recherches archéologiques (prospections, sondages) et paléo-environnementales (carottages, environnement géologique et écologique) dans le massif du Mézenc.
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