Le Massif du Mézenc : étude du potentiel géo-archéologique

Dans le cadre d’un mémoire de Master 1 en archéologie soutenu à l’Université de Bourgogne (Dijon) en Juin 2012, on a eu l’occasion de s’intéresser à la zone de moyenne montagne du Massif du Mézenc, au Sud-Est du Massif Central, à la limite entre les départements de la Haute-Loire (Auvergne) et de l’Ardèche (Rhône-Alpes).

Approche historique et géo-archéologique :

Ce Massif volcanique est aujourd’hui peu habité avec une densité de 10,5 habitants par km². Il règne un climat assez rigoureux sur la montagne mézine où les températures peuvent descendre jusqu’à -30°C et les chutes de neige atteignent 5 m par an ; le tout est accompagné d’un vent d’Ouest glacial : la burle ! Ce n’est plus, de nos jours, un lieu attirant pour y habiter de manière pérenne : la zone est en proie à un exode de population depuis la fin du XIXème siècle, malgré le développement récent des sports d’hiver dans la région. On peut ajouter que le Mézenc est une zone de passage et a également toujours été un secteur frontalier. Dès le Moyen-Âge, il sépare les diocèses de Viviers (en Ardèche) et du Puy (en Haute-Loire), durant l’Antiquité il limite les Cités gallo-romaines d’Alba et de Saint-Paulien et même durant le 2nd Âge du Fer (parfois appelé période gauloise ou de La Tène), il est la frontière naturelle entre la Gaule indépendante où vivent les Vellaves et la Province romaine de Narbonnaise où se trouvent les Helviens, alliés de César durant la Guerre des Gaules. La recherche archéologique sur ces périodes anciennes doit ici être couplée avec la palynologie dans le but de comprendre les modalités d’implantation et de développement de cette présence humaine ancienne.

Le Mont Mézenc (Photographie : Dendievel André-Marie, Mai 2012)

L’apport de la palynologie :

La palynologie est l’étude des pollens. Ils peuvent se conserver durant plusieurs milliers d’années dans les milieux humides comme les tourbières et les lacs. Les pollens arrivent dans ces lieux sous forme de pluie de pollens : la pluie pollinique. La palynologue, grâce à des carottages, va alors étudier ces pollens (détermination de l’espèce et du genre, datations…). Ces pollens renseignent sur l’évolution de la végétation depuis plusieurs millénaires et les résultats sont publiés sous forme de diagrammes polliniques. Pour que ces études soient représentatives de la végétation locale, les sites choisis doivent être situés à moins de 10 km de la zone à étudier. Ainsi, pour le Massif du Mézenc, on dispose des diagrammes polliniques de Ribains à Landos, du Lac du Bouchet à Cayres, du Lac de Saint Front, de Chaudeyrolles ou encore d’Issarlès…

Carte de répartition des données palynologiques autour du Massif du Mézenc (Réalisation : Dendievel A-M, 2012)

Résultats et perspectives futures :

A la fin de ce travail de Master 1, un total de 344 traces de vestiges archéologiques (aussi appelées entités archéologiques) a pu être répertorié, allant du Mésolithique jusqu’à la fin du Moyen-Âge. Aucune commune des 17 communes choisies pour cette étude n’est démunie d’entités archéologiques. On observe néanmoins des variations de répartition entre les différentes époques. Ainsi, jusqu’à la période romaine, les entités archéologiques se trouvent au Nord, à l’Ouest mais aussi, de façon massive, au centre du plateau du Mézenc, près du Mont Mézenc. Puis, durant le haut Moyen-Âge (VI-IXèmes siècles de notre ère), ces lieux d’occupation humaine ancienne se recentrent uniquement dans le Nord-Ouest du Massif du Mézenc, près du Monastier-sur-Gazeille. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs toujours cette répartition qui prévaut : le Monastier est le village le plus peuplé du Massif du Mézenc. La palynologie, quant à elle, va permettre de lier les entités archéologiques aux activités humaines. Par exemple, on observe que de façon générale les céréales sont cultivées dès le Néolithique final (vers 2500 av. J.-C.) dans le Massif du Mézenc. La période gauloise est marquée par le défrichement de sa hêtraie, chose qui va perdurer durant le Moyen-Âge classique, le pin profite alors des lieux libres pour s’installer et coloniser le Massif du Mézenc, même s’il est aujourd’hui fortement concurrencé par l’épicéa, planté à la fin du XIXème siècle pour reboiser le massif. Cette étude nous permet également de constater que la période des invasions : le haut Moyen-Âge, est loin d’être un moment de dépeuplement de la zone, au contraire, il y a alors plus d’entités archéologiques (d’après les textes) qu’à la période romaine et le paysage reste très cultivé par l’Homme, comme l’indiquent les diagrammes polliniques du Lac du Saint Front ou de la Narce de Ribains à Landos. 

abri de Longetrée à Freycenet-la-Cuche

Exemple d’entité archéologique : l’abri de Longetrée, à Freycenet-la-Cuche, occupé de la fin du Paléolithique à la période gauloise (Photographie Dendievel A-M, Janvier 2012)

Ce travail de Master 1 reste préliminaire, mais il permet de montrer, que loin d’être un lieu délaissé durant les périodes anciennes, le Massif du Mézenc bénéficie d’une occupation humaine privilégiée à toutes les époques, du Mésolithique au Moyen-Âge.

 

Dendievel André-Marie, étudiant en Master 1 AGE à l’Université de Bourgogne.

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À propos de André-Marie Dendievel

Doctorant en géoarchéologie, spécialité paléo-environnements et macro-restes végétaux, sous la direction d'H. Cubizolle (univ. de Lyon-St-Etienne, France) et de J.N. Haas (Univ. Innsbruck, Autriche). Responsable des recherches archéologiques (prospections, sondages) et paléo-environnementales (carottages, environnement géologique et écologique) dans le massif du Mézenc.
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